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« Il faut repenser le système des EHPAD »


Publié le Mercredi 19 Avril 2023 à 10:50

Exerçant au CHU de Rennes depuis plus de dix ans, le Professeur Dominique Somme y dirige le Pôle Anesthésie-SAMU-Urgences, Réanimations, Médecine interne et Gériatrie. Également chef du service de gériatrie au sein de l’institution bretonne, il s’intéresse particulièrement aux politiques de santé publique, prônant une révision du système de prise en charge du sujet âgé, et notamment un meilleur soutien à domicile. Portrait.


Gériatre de formation, le Pr Dominique Somme a exercé dans plusieurs établissements. De l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris au CHU de Rennes, en passant par le Québec, ce passionné multiplie les expériences. Membre du conseil scientifique de la Société Française de Gérontologie et Gériatrie (SFGG), vice-président de l’Organisme de Développement Professionnel Continu (ODPC) de Gériatrie et référent numérique pour le Collège National des Enseignants de Gériatrie, il mène de front plusieurs actions à l’échelle nationale, tout en étant également très engagé localement, au sein de la Société de Gériatrie de l’Ouest et du Centre, et de la Société bretonne de Gériatrie.

Chef de pôle du CHU de Rennes

Praticien Hospitalier - Professeur des Universités au CHU de Rennes depuis 2012, Dominique Somme y dirige le service de gériatrie et, depuis 2019, le Pôle Anesthésie-SAMU-Urgences, Réanimations, Médecine interne et Gériatrie. Si la variété des champs couverts par ce pôle peut sembler impressionnante, elle s’inscrit pourtant « dans une logique de parcours patient arrivant à l’hôpital de façon non programmée », explique le Pr Somme, qui y voit « une réelle cohérence en termes de management ». « Ce fonctionnement s’est d’ailleurs révélé être un réel atout lors de la crise sanitaire : fortement sollicitées, les spécialités du pôle étaient déjà habituées à travailler ensemble », souligne le gériatre qui gère également l’EHPAD Damien Delamaire, rattaché au pôle.

Construit en 1996 à proximité du centre-ville historique de la ville de Rennes, l’établissement compte 120 lits, parmi lesquels 26 sont dédiés à la prise en charge de patients atteints de la maladie d’Alzheimer ou troubles apparentés. Eu égard à son rattachement administratif, la structure est organisée dans une « logique CHU » qui, « bien qu’elle ne soit pas la plus adaptée à un EHPAD, n’est pas non plus sans valeur », indique le Pr Dominique Somme. « Par exemple, sur le plan de la formation et de la recherche, il est intéressant qu’un CHU soit doté d’un EHPAD. Côté médico-social, bien que l’organisation qui en découle diffère de celle d’un établissement “classique”, les professionnels en exercice, et notamment les cadres, y occupent une place plus importante, en lien direct avec les familles », poursuit le chef de pôle en saluant également l’équipe d’animation de l’établissement rennais, qui « met tout en œuvre pour développer des approches adaptées ».
 

Vers des lieux d’accueil plus petits…

Sorties, animations quotidiennes, collaborations avec la Ville de Rennes… Les initiatives ne manquent en effet pas pour faire de l’EHPAD Damien Delamaire un véritable lieu de vie. Pour autant, pour Dominique Somme, la prise en charge des personnes âgées impose aujourd’hui de « repenser le système des EHPAD ». Il explique : « L’essoufflement du modèle EHPAD, déjà perceptible, a montré ses limites au moment de la crise sanitaire. Il est à mon sens impossible d’accueillir correctement 120 personnes dans un même endroit, et de faire en sorte qu’elles s’y sentent toutes chez elles. La vie en EHPAD est une vie en collectivité, souvent subie et parfois vécue négativement. Il faut l’admettre ». Alors, face à ce constat, le médecin en appelle au développement du « soutien » à domicile. La terminologie retenue est importante : « Le “maintien” à domicile fait du sujet âgé une personne passive, dépendante d’un intervenant extérieur. Le “soutien” à domicile met plutôt l’accent sur la notion d’accompagnement, et donc d’une participation accrue de la part du patient », insiste le Pr Somme.

S’il promeut ce soutien à domicile, Dominique Somme ne préconise toutefois pas la fermeture des EHPAD. Ceux-ci auront toujours un rôle à jouer, estime-t-il, mais sous la forme de structures plus petites, « véritables lieux de vie adaptés à des situations particulières posant problème à domicile. Je pense par exemple ici aux personnes souffrant de symptômes psychologiques et comportementaux liés à la démence, à celles atteintes de troubles psychiatriques, ou encore aux patients fortement dépendants et isolés », indique le gériatre qui imagine ainsi des établissements accueillant « huit à seize résidents au maximum ». « Cette taille est optimale pour engager un accompagnement individuel à l’intérieur même d’une collectivité », explique le professionnel. Il insiste à cet égard sur la nécessaire spécialisation de ces lieux d’accueil : « Les professionnels seraient ainsi formés pour faire face à certaines problématiques, sans devoir répondre à toutes les difficultés possibles ».

… et plus de soutien à domicile ?

Ces projections, le professeur rennais les tire notamment de plusieurs expérimentations et politiques menées pour l’essentiel à l’étranger. En effet, en matière de soutien à domicile, le système français est encore « rachitique », note-t-il, évoquant la nécessité de mettre en œuvre « des financements et une réflexion plus larges, sans aller vers des termes comme “EHPAD à domicile”, qui amène une logique de type établissement au domicile de la personne ». Il en appelle d’ailleurs à la vigilance, pour « ne pas déposséder » les personnes de leur domicile : « Le soutien à domicile doit être délicat. Il faut le penser, le travailler et le financer de manière à réellement répondre aux besoins, et surtout à la volonté, des personnes accompagnées ».

Alors certes, cette thématique du domicile est de plus en plus abordée par les pouvoirs publics et la société. « Plusieurs problématiques n’en restent pas moins à traiter », souligne Dominique Somme, citant notamment un financement peu lisible, un manque d’attractivité professionnelle, l’absence de véritables procédures d’évaluation et une organisation sectorielle complexe. Les échelles de mesure de la perte d’autonomie, soit le référentiel PATHOS et la grille AGGIR, elles aussi utilisées au domicile, gagneraient également à être améliorées. « Il faudrait adapter ces outils non plus pour mesurer les ressources, mais plutôt le besoin des personnes », conclut-il, insistant sur la nécessité d’engager rapidement ces évolutions « pour pouvoir aller de l’avant et développer des systèmes véritablement basés sur la prévention et incitant à la rééducation des personnes âgées ».

Article publié dans le numéro d'avril d'Ehpadia à consulter ici


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